{"id":1670,"date":"2014-04-19T16:18:37","date_gmt":"2014-04-19T14:18:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lepennec.org\/partons\/?p=1670"},"modified":"2014-05-03T12:37:16","modified_gmt":"2014-05-03T10:37:16","slug":"shqiperia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lepennec.org\/partons\/shqiperia\/","title":{"rendered":"Shqip\u00ebria"},"content":{"rendered":"<p>Isol\u00e9e pendant pr\u00e8s de cinquante ans, ouverte au tourisme depuis peu, mais encore peu visit\u00e9e, l\u2019Albanie est peut-\u00eatre l&rsquo;une des derni\u00e8res Terra Incognita d&rsquo;Europe. En comparant rapidement le co\u00fbt de la vie entre ce pays et l&rsquo;Italie voisine, nous avons constat\u00e9 qu&rsquo;un s\u00e9jour dans cette partie des Balkans ferait le plus grand bien \u00e0 notre portefeuille. L&rsquo;Albanie dont nous ne connaissions rien, nous permettait aussi de finir notre voyage dans une contr\u00e9e peu explor\u00e9e. Un voyage dans le voyage en quelque sorte. Cela aurait \u00e9t\u00e9 dommage de s&rsquo;en priver.<\/p>\n<p>Le poste-fronti\u00e8re de Konispol est un tout petit poste fronti\u00e8re. \u00c0 notre arriv\u00e9e, l&rsquo;ambiance est plut\u00f4t d\u00e9contract\u00e9e. Les douaniers se d\u00e9rident en voyant un de leur coll\u00e8gue tenter de faire fuir les ch\u00e8vres venues pa\u00eetre dans la zone de contr\u00f4le. Il faut dire que nous sommes sur le point de quitter l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Notre passage de l&rsquo;Albanie vers l&rsquo;Italie se fera certainement dans une tout autre ambiance.<\/p>\n<p>Notre nouveau pays d&rsquo;accueil nous appara\u00eet tout de suite bien diff\u00e9rent de son voisin grec. Ce sont d&rsquo;abord les mosqu\u00e9es qui refont leurs apparitions. \u00c0 notre premi\u00e8re pause pour le go\u00fbter, nous \u00e9changeons quelques mots avec deux bergers qui accompagnent leurs ch\u00e8vres venues brouter l&rsquo;herbe du cimeti\u00e8re. En contrebas, sur notre gauche, nous apercevons des s\u00e9pultures catholiques. \u00c0 notre droite, ce sont des tombes musulmanes orn\u00e9es du croissant de lune. Un peu plus loin, un cimeti\u00e8re d&rsquo;enfants. Un tableau paisible qui contraste avec les immeubles bigarr\u00e9s de la petite ville de Konispol que nous voyons en toile de fond.<\/p>\n<p>Pour notre premier bivouac, nous nous installons sagement pr\u00e8s d&rsquo;une ferme o\u00f9 nous obtenons l&rsquo;approbation du propri\u00e9taire. L&rsquo;homme reviendra nous voir dans la soir\u00e9e alors que nous dormons d\u00e9j\u00e0. Nous d\u00e9couvrirons le lendemain un sac d&rsquo;oranges et de citrons.<\/p>\n<p>D&#8217;embl\u00e9e, le r\u00e9seau routier nous surprend. Nous nous attendions \u00e0 des nids de poule et \u00e0 une chauss\u00e9e laiss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abandon. Les axes principaux sont pourtant en bon \u00e9tat. Nous comprenons assez vite que c&rsquo;est le seul r\u00e9seau que nous pouvons emprunter, le reste n&rsquo;est que pistes et sentiers \u00e0 peine praticables. Sur la route, de grosses cylindr\u00e9es nous doublent. L&rsquo;Albanie est le march\u00e9 de l&rsquo;occasion des berlines usag\u00e9es de l&rsquo;Allemagne. La moiti\u00e9 des voitures sont des Mercedes. Pour la plupart, de vieux mod\u00e8les, mais aussi des v\u00e9hicules flambants neufs, \u00e9tonnant quand on sait que le salaire moyen ne d\u00e9passe pas les 200 \u20ac mensuels.<\/p>\n<p>Nous suivons la route qui longe le bord de mer et nous passons par hasard devant l&rsquo;ancienne citadelle de Butrint. L&rsquo;un des trois sites albanais class\u00e9s au patrimoine mondial de l&rsquo;UNESCO. Un homme nous interpelle dans un bon anglais et nous signale qu&rsquo;il est le g\u00e9rant d&rsquo;un camping situ\u00e9 \u00e0 4km de l\u00e0. C&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9, nous y ferons halte et profiterons de l\u2019occasion pour visiter le site.<\/p>\n<p>Nous resterons finalement trois jours au camping. La visite de Butrint nous enchante. La ville fut successivement le si\u00e8ge d\u2019une colonie grecque, d\u2019une ville romaine, puis d\u2019un \u00e9v\u00each\u00e9. Apr\u00e8s une \u00e9poque de prosp\u00e9rit\u00e9 sous l\u2019administration de Byzance, puis une br\u00e8ve occupation v\u00e9nitienne, la ville fut abandonn\u00e9e par sa population \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge \u00e0 cause des mar\u00e9cages. Le site arch\u00e9ologique actuel est un conservatoire des ruines repr\u00e9sentatives de chaque p\u00e9riode du d\u00e9veloppement de la ville. Une v\u00e9ritable histoire des civilisations m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Nous passerons le reste de ces trois jours \u00e0 nous reposer et \u00e0 visiter les alentours. Elouan est aux anges. Au camping, il passe l&rsquo;essentiel de ses journ\u00e9es \u00e0 jouer avec Ana, la jeune fille des propri\u00e9taires. Cette pause nous permet \u00e9galement de discuter avec les g\u00e9rants du camping. Alexander est un homme charmant, qui nous d\u00e9peint un portrait peu glorieux de son pays. En plus de tenir ce camping, il est professeur de physique. Il d\u00e9teste son m\u00e9tier, la Gr\u00e8ce et une partie des Albanais. Il nous raconte qu&rsquo;il voulait \u00eatre m\u00e9decin. Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la dictature d&rsquo;Enver Hoxha (1945-1985), les lyc\u00e9ens devaient \u00e9mettre trois souhaits pour la poursuite de leurs \u00e9tudes et le r\u00e9gime d\u00e9cidait, en fonction des besoins, de leur parcours professionnel. Le couple a trois enfants. Ils ont v\u00e9cu dix ans en Gr\u00e8ce, mais sont finalement revenus en Albanie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90. Je lui demande par hasard si sa grande fille n\u00e9e \u00e0 Corfu \u00e0 un passeport grec. Il me r\u00e9pond par la n\u00e9gative. Elle est n\u00e9e en Gr\u00e8ce, sa grand-m\u00e8re est grecque, mais sous couvert de sa filiation albanaise, les autorit\u00e9s grecques lui refusent le s\u00e9same europ\u00e9en. Les Grecs n&rsquo;aiment pas les Albanais et c&rsquo;est r\u00e9ciproque. Deux pays, red\u00e9coup\u00e9s \u00e0 l\u2019envi par des dizaines de guerres.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9ambulons dans Ksamil, la petite ville o\u00f9 se trouve notre camping. Nous sommes frapp\u00e9s par l&rsquo;\u00e9tat de certains immeubles qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mal par un tremblement de terre. Nous apprendrons finalement que ces constructions sont assez r\u00e9centes. Avec les d\u00e9buts du tourisme et le capitalisme fr\u00e9n\u00e9tique, certaines personnes se sont mises \u00e0 construire sans autorisation. Alors c&rsquo;est l&rsquo;arm\u00e9e qui est venue d\u00e9truire ces \u00e9difices sauvages. Pourtant, il en reste encore les carcasses, laiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;abandon. Il faut ajouter \u00e0 cela que la moiti\u00e9 des constructions de la ville sont en chantier, souvent interrompu, faute d&rsquo;argent. Tout cela donne \u00e0 la ville une image assez pittoresque pour une station baln\u00e9aire.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Ksamil, Alexander nous conseille sur l&rsquo;itin\u00e9raire \u00e0 suivre. Nous ferons route vers Gjirokaster, deuxi\u00e8me site class\u00e9 par l&rsquo;UNESCO. Nous quittons le bord de mer pour d\u00e9couvrir l&rsquo;int\u00e9rieur du pays. C&rsquo;est beau, encore tr\u00e8s sauvage, montagneux. Nous sommes surpris, notre carte routi\u00e8re nous indique une multitude de villages qui ne sont en fait que des hameaux. Les distances rendent notre ravitaillement difficile, il faut parfois rouler 30 kilom\u00e8tres avant de tomber sur une petite \u00e9picerie.<\/p>\n<p>Nous arrivons finalement dimanche 13 avril \u00e0 Gjirokaster. La vieille ville est magnifique, c&rsquo;est une ancienne cit\u00e9e ottomane, encore bien conserv\u00e9e. Elle a pourtant eu du mal \u00e0 obtenir son statut de site UNESCO, la nouvelle ville \u00e9tait, aux yeux des inspecteurs, trop visible et d\u00e9figurait l&rsquo;ensemble architectural. Le contraste entre les deux est, il est vrai, frappant.<\/p>\n<p>Dans la vieille ville, nous faisons la connaissance de Jimmy, personnage touchant qui passe ses journ\u00e9es \u00e0 d\u00e9ambuler en qu\u00eate de touristes. Il est guide depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es. Il parle russe, italien et un peu fran\u00e7ais. Il nous raconte qu&rsquo;il \u00e9tait professeur de russe. Depuis la fin du communisme, le russe n&rsquo;est plus enseign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Alors Jimmy s&rsquo;est reconverti. Bien s\u00fbr, il n&rsquo;a jamais choisi de devenir professeur de russe. Le r\u00e9gime a choisi pour lui. Sur le petit papier qu&rsquo;on lui avait adress\u00e9, il avait coch\u00e9 professeur de langue \u00e9trang\u00e8re. Manque de chance pour lui, il est tomb\u00e9 sur le russe. Aujourd&rsquo;hui, il semble tr\u00e8s pauvre alors que son ami professeur d&rsquo;anglais semble profiter d&rsquo;une situation confortable, entre ses cours et les visites guid\u00e9es. Ironie du sort.<\/p>\n<p>Nous resterons finalement 3 jours \u00e0 Gjirokaster. Nous h\u00e9sitons longuement sur la suite de notre parcours. L&rsquo;est du pays nous attire, mais les temp\u00e9ratures y sont encore froides \u00e0 cette p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e. Les Albanais appellent le mois d&rsquo;avril, le mois fou. Il peut en effet faire tr\u00e8s chaud ou neiger \u00e0 basse altitude suivant les ann\u00e9es. Il semblerait que nous ne soyons pas tomb\u00e9s sur la bonne pioche. Le temps est plut\u00f4t maussade et les montagnes encore bien enneig\u00e9es. Du coup, nous d\u00e9cidons sagement de continuer sur la route principale qui m\u00e8ne \u00e0 Tirana, la capitale.<\/p>\n<p>Nous \u00e9voluons dans une plaine, bord\u00e9e par les montagnes. La plupart des commerces que nous croisons sont des stations-services, d\u00e9sertes, et des stations de lavage. Les Albanais semblent vouer un culte \u00e0 l&rsquo;automobile. On nous expliquera plus tard que la voiture est un peu le barom\u00e8tre social et finalement le seul moyen de s\u00e9duire les filles. Alors c&rsquo;est un peu la course \u00e0 la d\u00e9mesure.<\/p>\n<p>Le pays nous conquit. De magnifiques paysages et des gens d&rsquo;une infinie gentillesse. Pas une journ\u00e9e ne se passe sans qu&rsquo;on nous invite \u00e0 discuter ou \u00e0 prendre un caf\u00e9. Cela nous rappelle beaucoup la Turquie, le macchiato (expresso accompagn\u00e9 d&rsquo;une fine couche de mousse de lait chaud fouett\u00e9) ayant pris la place du th\u00e9 \u00e0 notre plus grand contentement.<\/p>\n<p>\u00c0 Desarat, nous nous arr\u00eatons dans un petit restaurant pour laisser passer la pluie. Un homme bien habill\u00e9 vient \u00e0 notre rencontre et nous questionne dans un fran\u00e7ais ch\u00e2ti\u00e9. Il est professeur de fran\u00e7ais au lyc\u00e9e de la petite ville. Nous passons les deux heures suivantes en sa compagnie. Nous sommes avides de r\u00e9ponses et profitons de son excellente ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise pour le bombarder de questions. Tout y passe. La corruption des \u00e9lites, qui ne mettent rien en \u0153uvre pour tenter de redresser ce pays au bord du pr\u00e9cipice. Le ch\u00f4mage. Il nous raconte qu&rsquo;\u00e0 Memaliaj, il existait autrefois une mine de charbon. Avec la fin du communisme, les nouveaux dirigeants ont d\u00e9cid\u00e9 de faire table rase du pass\u00e9 et de d\u00e9truire l&rsquo;\u00e9quipement industriel du pays. Nous avons vu des dizaines de Kolkozes \u00e0 l&rsquo;abandon. C&rsquo;est la m\u00eame chose pour les mines ou les gisements de p\u00e9trole. Il n&rsquo;y a en Albanie, pas d&rsquo;investissement \u00e9tranger. L&rsquo;investissement public est n\u00e9gligeable. Alors tout s&rsquo;effondre. Et dans cette petite ville de Memaliaj, qui n&rsquo;est qu&rsquo;un exemple parmi tant d&rsquo;autres, la population survit. La mine employait 4000 personnes. Aujourd&rsquo;hui, ces anciens miniers vivent gr\u00e2ce \u00e0 la maigre pension des a\u00een\u00e9s, ou gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;argent envoy\u00e9 par ceux partis tenter leur chance \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Comme plusieurs personnes que nous avons rencontr\u00e9es, l&rsquo;homme regrette parfois le temps du communisme. \u00c0 cette p\u00e9riode nous dit-il, tout le monde travaillait. Le seul probl\u00e8me \u00e9tait la lutte des classes. Il nous parle aussi du syst\u00e8me \u00e9ducatif, bien meilleur \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Aujourd&rsquo;hui, on peut sans peine acheter son dipl\u00f4me dans une des soixante universit\u00e9s priv\u00e9es du pays.<\/p>\n<p>Nous repartons du restaurant, ravis de cette rencontre, mais de plus en plus touch\u00e9s par la situation des Albanais.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Fratar, nous quittons la grande route que nous suivions depuis Gjirokaster pour emprunter l&rsquo;ancienne route nationale, et red\u00e9couvrons les joies de pouvoir rouler sans entendre le vrombissement des moteurs.<\/p>\n<p>Nous roulons tard ce jour-l\u00e0 pour trouver un endroit o\u00f9 bivouaquer. La plupart des terrains sont devenus spongieux en raison des pluies des derniers jours. Dans un petit village, un jeune parlant anglais \u00e0 qui nous demandons conseil nous conduit jusqu&rsquo;\u00e0 un pr\u00e9. Behar reste \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s pendant que nous montons la tente. Un berger regarde aussi la sc\u00e8ne avec curiosit\u00e9. La nuit est sur le point de tomber, les enfants dorment dans le chariot. Je pars \u00e0 la recherche de bois pour faire un feu, pendant que Sandrine monte la tente. Nous sentons d\u00e9j\u00e0 que la nuit va \u00eatre tr\u00e8s froide. Il ne fait pas plus de 5\u00b0C et le soleil ne s&rsquo;est pas encore couch\u00e9. B\u00e9ar nous demande si nous n&rsquo;avons besoin de rien. Non, non, tout va pour le mieux. Quand les enfants sortent en pleurant du chariot et que je reviens avec mes deux bouts de bois tremp\u00e9s pour essayer de faire \u00e0 manger, ils prennent les choses en main. Behar revient avec un \u00e9norme fagot de bois d&rsquo;olivier. Un jeune homme appara\u00eet comme par enchantement avec du fromage de brebis et des \u0153ufs frais. Quant au berger, il nous allume un feu digne de la Saint-Jean. L&rsquo;air et l&rsquo;ambiance se r\u00e9chauffent. Behar reste finalement avec nous toute la soir\u00e9e. \u00c0 19 ans, il vient de terminer le lyc\u00e9e. Premier de sa classe, il n&rsquo;aura malheureusement pas la chance de cirer les bancs de l&rsquo;universit\u00e9 cette ann\u00e9e. Nous comprenons que la situation pr\u00e9caire de ses parents ne permet pas la poursuite de ses \u00e9tudes, pour l&rsquo;instant. Il r\u00eave de devenir chanteur. Il nous pose des questions sur la France, l&rsquo;Europe. Il a la curiosit\u00e9 de ceux qui ont encore envie d&rsquo;apprendre, le regard qui p\u00e9tille quand on \u00e9voque Londres, Bruxelles ou Paris. Je serai curieux de le revoir dans quelques ann\u00e9es, pour savoir comment ce jeune homme s&rsquo;en sortira.<\/p>\n<p>Nous nous r\u00e9veillons le lendemain matin avec une fine couche de givre et constatons que l&rsquo;hiver n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait fini. Nous d\u00e9cidons alors de filer jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;agglom\u00e9ration la plus proche et de rester une nuit \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel en attendant qu&rsquo;il fasse un peu plus chaud.<\/p>\n<p>Ballsh. Sur la place de la petite ville, comme souvent, un groupe de jeunes erre pr\u00e8s du fast food. L&rsquo;Albanie est le pays o\u00f9 nous suscitons le plus grand enthousiasme de la part des jeunes. Ils ont quelquefois \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 dix ou quinze autour de nous, sans pour autant que nous ne sentions d&rsquo;animosit\u00e9. Ici, on me demande \u00ab Do you like Ballsh ? \u00bb. \u00c0 peine arriv\u00e9, je ne dispose pas de beaucoup d&rsquo;informations pour juger de la qualit\u00e9 de vie \u00e0 Ballsh. Poliment, je r\u00e9ponds \u00ab Yes, it&rsquo;s nice. \u00bb. Le jeune me r\u00e9pond alors : \u00ab No, it&rsquo;s not. Ballsh is shit \u00bb. Un autre me demande si je veux de l&rsquo;herbe ou de la coca\u00efne. Eh oui, ce n&rsquo;est pas un mythe. L&rsquo;Albanie est devenue la plaque tournante de la drogue en Europe. Nous n&rsquo;avons jamais crois\u00e9 autant de jeunes aux yeux rouges dans tous les pays que nous avons travers\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous restons deux jours \u00e0 Ballsh. Il semble que notre pr\u00e9sence suscite le plus grand engouement. Il n&rsquo;y a pas une \u00e9choppe o\u00f9 nous nous arr\u00eatons o\u00f9 on ne nous parle pas de nos bicyclettes et de la France. Il semble que le bouche-\u00e0-oreille fonctionne plut\u00f4t bien.<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi \u00e0 Ballsh qu&rsquo;un sympathique personnage entre en sc\u00e8ne. Pr\u00e8s d&rsquo;un restaurant, deux jeunes nous interpellent pour venir prendre un caf\u00e9. Mirel est \u00e9tudiant en pharmacie, il est ici pour le week-end, dans le restaurant de ses parents. Voyant que nous nous d\u00e9brouillons plut\u00f4t bien en anglais, il appelle un de ses amis. Stuart est anglais, il a 27 ans et tra\u00eene ses gu\u00eatres dans la ville depuis d\u00e9cembre. Il nous raconte qu&rsquo;il est parti d&rsquo;Italie \u00e0 v\u00e9lo pour rejoindre l&rsquo;Indon\u00e9sie. Malheureusement pour lui, il s&rsquo;est fait agresser en Hongrie et on lui a vol\u00e9 presque toutes ses affaires. Pers\u00e9v\u00e9rant, il a d\u00e9cid\u00e9 de continuer le voyage \u00e0 pied. Il a chang\u00e9 un peu ses plans et a pris la direction du sud pour passer l&rsquo;hiver au chaud. 1800 kilom\u00e8tres, pour rejoindre l&rsquo;Albanie. Il n&rsquo;avait pas mang\u00e9 depuis 3 jours lorsqu&rsquo;il a crois\u00e9 le fr\u00e8re de Mirel qui lui a propos\u00e9 de venir manger. Depuis, il se fait engraisser \u00e0 coup d&rsquo;assiettes de viande et de bi\u00e8res. Il attend sagement que la neige se d\u00e9coiffe des hauts sommets. Il squatte un d\u00e9barras \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du restaurant et semble donner un coup de main lors des banquets. Nous n&rsquo;avons pas pos\u00e9 trop de questions sur leur entente. Je me demande tout de m\u00eame s&rsquo;il partira un jour?<\/p>\n<p>Le p\u00e8re de Mirel nous convie aussi \u00e0 un repas dans le restaurant familial. Nous discutons avec Mirel de la situation de l&rsquo;Albanie. Nous reparlons de la drogue, qui constitue un v\u00e9ritable fl\u00e9au. Les jeunes fument de plus en plus t\u00f4t. Vu le prix modique (passez vos commandes), tout le monde fume et tout le temps.<\/p>\n<p>Je disais \u00e0 Sandrine qu&rsquo;en guise de service civique, la France devrait offrir \u00e0 ses jeunes un s\u00e9jour de quelques mois en Albanie. Si notre voyage nous a permis de comprendre quelque chose, c&rsquo;est bien de la chance que nous avions d&rsquo;\u00eatre n\u00e9s dans un pays riche qui offre, beaucoup d&rsquo;avantages. Alors certes, on parle de crises, de ch\u00f4mage, de la difficult\u00e9 qu&rsquo;ont les jeunes \u00e0 s&rsquo;ins\u00e9rer dans le march\u00e9 du travail. C&rsquo;est vrai. Mais tout cela est sans aucune mesure avec ce que l&rsquo;on a pu voir dans bien des pays. Perdu dans mes pens\u00e9es \u00e0 Roskovec, je constatais que cette petite ville n&rsquo;offrait \u00e0 ses habitants aucun service d&rsquo;\u00e9clairage public, de ramassage des ordures. Il n&rsquo;y a bien souvent pas de trottoirs dans les villes et villages que nous traversons et c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que nous avons autant de mal \u00e0 trouver des endroits un tantinet agr\u00e9ables pour nous arr\u00eater lors de nos pauses d\u00e9jeuners. Les espaces publics sont inexistants. Alors, je ne parle m\u00eame pas de biblioth\u00e8que, de centre culturel, de piscine, d&rsquo;aire de jeux, de complexe sportif. Les villes allemandes nous avaient plu et impressionn\u00e9es par leur capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper leur centre-ville pour les activit\u00e9s familiales. Des pistes cyclables, des rivi\u00e8res am\u00e9nag\u00e9es pour se baigner, des aires de jeux d\u00e9fiant l&rsquo;imagination. L&rsquo;Albanie est \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re de tout cela. Je ne voudrais en aucun cas \u00eatre politicien en France et devoir g\u00e9rer les attentes de chacun. J&rsquo;aimerai encore moins l&rsquo;\u1ebf\u00eatre en Albanie, je serai totalement d\u00e9courag\u00e9 par le travail \u00e0 accomplir. C&rsquo;est peut-\u00eatre pour cela que le politique semble avoir abandonn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 civile. On parle de corruption, mais peut-on vraiment envisager de reconstruire rapidement un pays qui a peut-\u00eatre atteint les bas-fonds de la mis\u00e8re sociale ?<\/p>\n<p>Ronan<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Isol\u00e9e pendant pr\u00e8s de cinquante ans, ouverte au tourisme depuis peu, mais encore peu visit\u00e9e, l\u2019Albanie est peut-\u00eatre l&rsquo;une des derni\u00e8res Terra Incognita d&rsquo;Europe. 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