{"id":822,"date":"2013-09-10T18:25:12","date_gmt":"2013-09-10T16:25:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lepennec.org\/partons\/?p=822"},"modified":"2013-09-10T18:25:12","modified_gmt":"2013-09-10T16:25:12","slug":"bienvenue-en-roumanie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lepennec.org\/partons\/bienvenue-en-roumanie\/","title":{"rendered":"Bienvenue en Roumanie"},"content":{"rendered":"<style type=\"text\/css\"><!--\nP { margin-bottom: 0.21cm; }\n--><\/style>\n<p>La route qui m\u00e8ne au poste-fronti\u00e8re d\u2019Halmeu pour passer de l\u2019Ukraine \u00e0 la Roumanie reste certainement la plus mauvaise que nous ayons emprunt\u00e9e depuis notre d\u00e9part. Je ne sais m\u00eame pas si le qualificatif de route s\u2019applique encore pour ce genre de chemin. On ne peut plus vraiment parler de nids de poule, cela ressemble plus \u00e0 un espace lunaire rempli de crat\u00e8res ou \u00e0 un champ de mines. Question s\u00e9curit\u00e9, aucun probl\u00e8me. C\u2019est la premi\u00e8re fois que nous pouvons presque doubler les voitures aussi g\u00ean\u00e9es que nous \u00e0 essayer d\u2019\u00e9viter ces trous b\u00e9ants. Nous mettrons finalement plus de deux heures pour avaler dix petits kilom\u00e8tres avec les enfants chahut\u00e9s dans la remorque.<\/p>\n<p>Nous nous sommes dit avec Sandrine qu\u2019ils avaient d\u00fb laisser la voirie dans cet \u00e9tat pour dissuader les Ukrainiens de se rendre en Europe. Nous apprendrons plus-tard que la Roumanie ne fait pas partie de l&rsquo;Espace Schengen. Par cons\u00e9quent, les passages de fronti\u00e8re s&rsquo;effectuent surtout depuis la Hongrie.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 le premier devant le douanier, heureux d\u2019en avoir fini avec ce tron\u00e7on d\u00e9fonc\u00e9, je m\u2019arme du plus beau sourire et pour toute r\u00e9ponse, le fonctionnaire m&rsquo;adresse un \u00ab\u00a0Niet Bicyclette\u00a0\u00bb qui me laisse perplexe. Il nous explique en ukrainien que le seul passage autoris\u00e9 pour les v\u00e9los se situe en Hongrie, \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres \u00e0 peine, mais nous ne voulons pas vraiment faire demi-tour et cela nous retarderait de quelques jours.<\/p>\n<p>Heureusement, nous avions lu quelques jours plus t\u00f4t sur Internet que la m\u00eame aventure \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 un autre cycliste. Il avait fini par traverser en se faisant embarquer dans une voiture. Nous avons attendu sagement sur le bord de la route qu&rsquo;un des douaniers nous propose cette solution, ce qui n&rsquo;a pas tard\u00e9. Nous avons fait le pied de grue, en esp\u00e9rant voir appara\u00eetre au loin, un v\u00e9hicule suffisamment grand pour accueillir notre chargement. Au bout d\u2019une heure, une fourgonnette noire s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e. Le chauffeur a gentiment accept\u00e9 de nous transporter de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. Ce fut un peu compliqu\u00e9, mais les douaniers d\u00e9sireux de nous voir dispara\u00eetre au plus vite se sont arrang\u00e9s pour que tout rentre en for\u00e7ant un peu. Sandrine s\u2019est retrouv\u00e9e devant avec Yana\u00ebl sur les genoux. Pour ma part, ce fut derri\u00e8re avec Elouan, mais sans si\u00e8ges pour nous asseoir. Nous avons franchi la zone rouge, l\u00e0 o\u00f9 commencent les contr\u00f4les frontaliers et les visages jusqu\u2019ici plut\u00f4t sympathiques des fonctionnaires ont laiss\u00e9 place \u00e0 des figures ferm\u00e9es et des regards suspicieux. Notre chauffeur avait l\u2019air un peu tendu. Il a pris nos passeports et sorti quelques billets de son portefeuille qu\u2019il a gliss\u00e9s dans le sien. Nous avons un peu hallucin\u00e9, mais graisser la patte des douaniers semble \u00eatre monnaie courante dans cette porte d\u2019entr\u00e9e vers l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Au final, tout s\u2019est bien pass\u00e9. Nous sommes arriv\u00e9s en Roumanie vers 18\u00a0h et notre chauffeur nous a laiss\u00e9s au bord de la chauss\u00e9e et aid\u00e9s \u00e0 d\u00e9charger notre mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions un peu tristes. L\u2019Ukraine nous avait offert un voyage dans le temps. Ces premiers jours en Roumanie nous ont ramen\u00e9s \u00e0 la triste r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un monde moderne. Adieu Ladas, routes d\u00e9fonc\u00e9es, charrettes et d\u00e9paysement. Ici, les routes sont neuves et emprunt\u00e9es par de grosses voitures. Les champs de ma\u00efs se succ\u00e8dent \u00e0 perte de vue et d\u00e9figurent la campagne. \u00c7a sent bon la prosp\u00e9rit\u00e9, merci l\u2019Europe, merci FEDER (Fonds Europ\u00e9en de d\u00e9veloppement r\u00e9gional).<\/p>\n<p>Nous sommes rest\u00e9s deux jours \u00e0 Satu Mare \u00e0 50 kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re. Nous sommes repartis samedi 31 ao\u00fbt, jour de l\u2019anniversaire de Sandrine qui se voyait mal f\u00eater ces 32 ans dans cette ville un peu d\u00e9primante. En qu\u00eate d\u2019un restaurant, nous avons finalement atterri dans un champ de ma\u00efs dans la lointaine banlieue \u00e0 manger des croquettes de poulet. Un anniversaire qui restera certainement dans les annales.<\/p>\n<p>Nous entamions le mois de septembre l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9prim\u00e9. Les choses se sont pourtant rapidement am\u00e9lior\u00e9es et depuis une semaine, chaque jour nous apporte notre dose de joie et de b\u00e9atitude.<\/p>\n<p>Nous avons quitt\u00e9 les routes principales et avons suivi les plus petites pour nous perdre un peu dans les Maramures. Les champs de ma\u00efs ont fait place \u00e0 de jolies collines et \u00e0 des p\u00e2turages \u00e0 perte de vue. Nous profitons d&rsquo;\u00e9tendues sauvages peupl\u00e9es de moutons et de bergers install\u00e9s l\u00e0 pour la transhumance. L\u2019un d\u2019entre eux nous a propos\u00e9 de passer la nuit sous une petite pergola alors qu\u2019un orage approchait. Un abri sous les arbres install\u00e9 par la mairie, qui nous a permis d&rsquo;\u00eatre au sec. Notre berger et son troupeau sont revenus nous voir dans la soir\u00e9e. Il nous a propos\u00e9 du lait, a pris une de nos tasses, a trait sa ch\u00e8vre et nous l&rsquo;a redonn\u00e9e remplie \u00e0 ras bord. Un vrai d\u00e9lice.<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, nous avons fait halte dans un petit village \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner. La toute petite \u00e9picerie d\u00e9bordait de monde et comme souvent, notre attelage a vite attir\u00e9 le regard des gens adoss\u00e9s sur le bord de la cl\u00f4ture. Des gitans sont d&rsquo;abord venus nous parler. Ils travaillaient dans le commerce du m\u00e9tal et repartaient en France d\u2019ici quelques semaines. Puis, un jeune homme parlant fran\u00e7ais nous a invit\u00e9 chez lui pour prendre une douche et nous reposer. Peu fatigu\u00e9s et vu l\u2019heure, nous avons d\u00e9clin\u00e9 son offre. Une heure plus tard, \u00e0 peine repartis, il est repass\u00e9 devant nous en voiture et nous a propos\u00e9 de venir prendre un caf\u00e9. Nous l\u2019avons alors suivi jusque la maison de ses beaux-parents. Nous avons pass\u00e9 le reste de l\u2019apr\u00e8s-midi en compagnie de cette adorable famille. La table s\u2019est vite charg\u00e9e de victuailles et nous avons pass\u00e9 un moment tr\u00e8s agr\u00e9able. Roxanna et son mari habitent la r\u00e9gion parisienne depuis 4 ans. Nous avons pu longuement \u00e9changer avec eux. Comme en Pologne, la Roumanie voit ses enfants quitter le Pays pour tenter leur chance \u00e0 l&rsquo;Ouest. Il semble que cela soit un peu difficile. Comme le dit si bien Roxanna, l&rsquo;id\u00e9al serait de travailler en France et d&rsquo;habiter en Roumanie. Nous sommes repartis les sacoches charg\u00e9es de produits fait maison et notamment 1,5 l de palonca (alcool de prune) qui va nous tenir au chaud cet automne.<\/p>\n<p>Mercredi, nous avons continu\u00e9 notre route vers Cluj-Napoca et avons encore une fois profit\u00e9 de beaux paysages. Nous grimpons et descendons ces montagnes toute la journ\u00e9e. C&rsquo;est un peu usant, mais c&rsquo;est aussi tellement grisant quand on arrive au sommet et que nous pouvons profiter du panorama souvent grandiose. Le soir, alors que nous cherchions un endroit pour mettre la tente, un couple de quinquag\u00e9naires nous a offert une chambre dans leur petite maison. Encore une fois, nous avons \u00e9t\u00e9 g\u00e2t\u00e9s. La dame s\u2019est occup\u00e9e des enfants, nous a servi \u00e0 manger, elle m&rsquo;a m\u00eame aid\u00e9 \u00e0 laver Yana\u00ebl. Nous avons eu droit \u00e0 une vraie le\u00e7on de comment vivre en autonomie \u00e0 la campagne. Une vraie petite ferme avec poules, vaches et cochons qui leur permet de manger tout au long de l&rsquo;ann\u00e9e. Ils cultivent \u00e9galement 11 hectares surtout pour les c\u00e9r\u00e9ales essentiellement destin\u00e9es aux animaux. Bien \u00e9videmment, le pain est r\u00e9alis\u00e9 sur place. Ils vont m\u00eame un peu plus loin puisqu\u2019ils font pousser leur bl\u00e9 et font leur propre farine. Avec tout cela, ils trouvent encore le temps d&rsquo;aller visiter leurs enfants exil\u00e9s aux quatre coins de l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>Finalement, nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Cluj jeudi soir un peu ext\u00e9nu\u00e9s apr\u00e8s 9 jours \u00e0 rouler sans v\u00e9ritable pause. Sans camping \u00e0 l&rsquo;horizon, un peu ext\u00e9nu\u00e9s apr\u00e8s les 56 kilom\u00e8tres aval\u00e9s dans la journ\u00e9e, Sandrine \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 nous payer l&rsquo;h\u00f4tel. Mais elle ne sort pas si facilement que \u00e7a l&rsquo;argent de ses poches. Elle a remarqu\u00e9 une \u00e9glise avec un beau jardin et a tent\u00e9 sa chance pour savoir si nous pouvions y mettre la tente. Demande accept\u00e9e \u00e0 notre plus grande joie.<\/p>\n<p>Le soir, la femme du pr\u00eatre, Codruta, est venue nous apporter des fruits et des l\u00e9gumes. Le lendemain matin, elle est revenue avec un d\u00e9licieux petit d\u00e9jeuner et nous a ouvert en grand les portes de sa maison. Apr\u00e8s les douches et la machine \u00e0 laver, elle nous a offert un succulent repas et nous avons pass\u00e9 le reste de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 discuter. En fin de journ\u00e9e, nous voyant un peu d\u00e9courag\u00e9s de reprendre la route, ils nous ont propos\u00e9 de dormir chez eux. Encore une fois, nous avons pass\u00e9 une excellente soir\u00e9e. Liviu a \u00e9tudi\u00e9 deux ans \u00e0 l\u2019institut catholique de Paris. En plus d&rsquo;\u00eatre pr\u00eatre, il est professeur de th\u00e9ologie et parle un fran\u00e7ais ch\u00e2ti\u00e9. Codruta est enseignante dans une \u00e9cole maternelle. Elouan a pass\u00e9 une excellente journ\u00e9e, il a pu s&rsquo;amuser avec Timoth\u00e9e, leur adorable petit gar\u00e7on de 2 ans. Nous sommes repartis de chez eux, tout revigor\u00e9s, le c\u0153ur rempli par cette belle rencontre.<\/p>\n<p>Notre passage \u00e0 Cluj \u00e9tait aussi l&rsquo;occasion de pouvoir faire quelques emplettes et trouver le mat\u00e9riel qu\u2019il nous manquait. Alors que nous \u00e9tions devant le Decathlon, un couple est spontan\u00e9ment venu nous parler et nous a offert de rester dans un de leur appartement vacant. Nous profitons donc depuis samedi du confort d\u2019un habitacle de b\u00e9ton au 8e \u00e9tage d\u2019une tour \u00e0 deux kilom\u00e8tres du centre-ville. Nous apprendrons finalement que Stefan est le pr\u00e9sident du club de cyclotourisme de Cluj. Il a \u00e0 son actif la travers\u00e9e de l\u2019Am\u00e9rique du Sud et d\u2019une partie de l\u2019Afrique. Il parle 7 langues et s\u2019exprime dans un fran\u00e7ais color\u00e9 par un l\u00e9ger accent africain, fruit d&rsquo;un s\u00e9jour de 3 ans au Congo. Diane sa compagne est burundaise et habite en Roumanie depuis un an.<\/p>\n<p>Que dire d\u2019autre. Comme tant d\u2019autres cyclistes, nous sommes sous le charme de ce beau pays de montagnes et de ces gens si chaleureux et g\u00e9n\u00e9reux. Il est vraiment triste de voir \u00e0 quel point les Roumains jouissent d\u2019une mauvaise r\u00e9putation en Europe de l&rsquo;Ouest \u00e0 cause des tziganes trop souvent associ\u00e9s \u00e0 la Roumanie. Pour preuve, Liviu nous racontait qu&rsquo;\u00e0 Paris il n&rsquo;osait plus dire qu&rsquo;il \u00e9tait roumain, les gens changeant d&rsquo;attitude \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il le mentionnait.<\/p>\n<p>Depuis le 2 septembre, nous aurons dormi deux fois dans la tente. Nous profitons agr\u00e9ablement de cette parenth\u00e8se pour recharger les batteries. La famille cycliste est un peu malade. Je suis le seul rescap\u00e9 d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie de grippe. Nous savons aussi que le retour sur la route va \u00eatre difficile. Nous avons rarement s\u00e9journ\u00e9 deux jours de suite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et on s\u2019habitue vite au confort d&rsquo;un appartement. Le retour au petit matin frisquet en sortant de la tente risque de nous plomber un peu le moral. En attendant, on en profite, nous verrons bien ce que la suite nous r\u00e9serve.<\/p>\n<p>Ronan<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La route qui m\u00e8ne au poste-fronti\u00e8re d\u2019Halmeu pour passer de l\u2019Ukraine \u00e0 la Roumanie reste certainement la plus mauvaise que nous ayons emprunt\u00e9e depuis notre d\u00e9part. Je ne sais m\u00eame pas si le qualificatif de route s\u2019applique encore pour ce genre de chemin. 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